À Saint-Thonan, près de Brest, Lessonia transforme des co-produits agroalimentaires en ingrédients cosmétiques et fabrique des soins éco-conçus pour les marques du monde entier. Un modèle industriel breton où l’économie circulaire est au cœur même de l’activité.

Fiche d’identité
Fondée en 2002, Lessonia est spécialisée dans la fabrication à façon d’ingrédients et de produits cosmétiques. Fabriquer « à façon », c’est concevoir et produire pour le compte d’autres marques : Lessonia ne vend pas ses produits sous son propre nom, mais développe et fabrique des ingrédients et des soins pour des laboratoires, des marques et des distributeurs, en France et à l’international.
L’entreprise emploie environ 180 salariés sur un site industriel de 16 000 m² à Saint-Thonan, en Bretagne. L’ensemble de la production y est réalisé, garantissant une fabrication 100 % Made in France. Lessonia est aujourd’hui reconnue pour ses expertises sur les exfoliants naturels, les masques imprégnés, les produits cosmétiques anhydres et plus largement les soins de la peau.
Lessonia se positionne comme un acteur BtoB expert et innovant, au service des marques qui recherchent à la fois de la performance technique, de la capacité de production et des solutions plus vertueuses.
L’entreprise s’appuie sur des valeurs clairement définies : l’intégrité et la transparence, le respect de l’humain, l’engagement environnemental, l’innovation responsable, et l’ancrage territorial.
Les enjeux : la réalité de l’industrie cosmétique
L’industrie cosmétique implique des enjeux environnementaux majeurs, portés par la réglementation, les attentes des consommateurs et les engagements des marques clientes. On peut citer notamment l’origine et l’impact des matières premières, la consommation d’énergie et d’eau, le transport, les emballages, la gestion des déchets.
Sur le plan social, les priorités concernent l’emploi local, l’insertion, la formation, la sécurité, la qualité de vie au travail, l’égalité professionnelle et l’inclusion.
La particularité du secteur cosmétique est qu’il impose de conjuguer des exigences environnementales et sociales avec des standards très élevés en matière de qualité, de sécurité et de réglementation. Cette tension rend la transformation plus complexe que dans d’autres industries.
Chez Lessonia, pourtant, l’économie circulaire n’est pas venue d’une prise de conscience tardive. La revalorisation de co-produits fait en effet partie du modèle depuis les origines de l’entreprise. Ce qui a changé, c’est la structuration de la démarche.
Marion Lagadec, directrice Marketing et Communication, investie sur les sujets RSE, revient sur ce tournant :
« Très tôt, j’ai compris qu’en tant que communicante, je pouvais contribuer à faire émerger et à valoriser les démarches positives des entreprises en faveur de l’environnement, des territoires et de la société. Au fil du temps, j’ai appris à transformer ces intuitions en stratégie. Chez Lessonia, cela s’est concrétisé dès 2019 par un travail de recensement, de catégorisation et de structuration de toutes les actions existantes. »

C’est ce travail de fond qui lui a permis de publier un premier rapport RSE, puis de le faire évoluer chaque année. La politique RSE de Lessonia est aujourd’hui organisée autour de cinq piliers :
- la gouvernance responsable
- l’engagement social et le développement des collaborateurs
- la protection de l’environnement et la transition
- la production et les achats responsables
- l’ancrage territorial et sociétal.
Elle s’appuie sur des référentiels comme l’ISO 26000, le GRI et les ODD des Nations Unies.
Les actions concrètes : l’économie circulaire à tous les étages
Dans le produit : la revalorisation de co-produits et l’éco-conception
Le cœur du modèle de Lessonia repose sur une conviction : les déchets des uns peuvent devenir les ingrédients des autres. L’entreprise a développé un véritable savoir-faire autour de la revalorisation de co-produits, principalement issus de l’agroalimentaire ou du végétal.
On peut citer un exemple parlant, celui de l’abricot : Lessonia récupère les coques de noyaux déjà utilisées pour produire du jus ou de l’huile, puis les broie, les tamise et les stérilise pour en faire des particules exfoliantes.

Cette logique s’applique à une grande partie du catalogue. Aujourd’hui, 52 % des ingrédients proposés par Lessonia sont issus de co-produits revalorisés, et 741 tonnes de matières considérées comme des déchets ont été transformées en exfoliants, actifs ou poudres fonctionnelles.

L’éco-conception se retrouve aussi dans les formats. Lessonia développe des produits anhydres (cosmétiques en poudre à reconstituer avec de l’eau), des doypacks rechargeables qui permettent une réduction de 77,5 % de plastique par rapport à des packagings conventionnels, ou encore des sachets de masques imprégnés 100 % recyclables en mono-matériau. L’objectif est de réduire à la fois l’usage de l’eau, du plastique, de l’énergie et les émissions liées au produit tout au long de son cycle de vie.
En 2020, l’entreprise a lancé « Rexplore Beauty », une gamme dédiée qui propose aux marques clientes des solutions cosmétiques durables, en rendant accessibles les formats éco-conçus et les ingrédients upcyclés à l’échelle industrielle.
Dans les process et sur le territoire : flux internes, réemploi et partenariats locaux
L’économie circulaire chez Lessonia s’applique aussi à l’ensemble des flux internes et à la relation avec le territoire.

L’entreprise a structuré sa démarche d’achats autour d’une politique formalisée, d’un code éthique de l’acheteur et d’une évaluation des risques fournisseurs. Les partenaires locaux sont privilégiés lorsque c’est possible, que ce soit pour les fournitures, les emballages ou les services. Dans la même logique, 75 % du matériel informatique est issu du reconditionné.
En 2024, 61 % des déchets industriels de Lessonia ont été recyclés ou revalorisés, dont 34 % en interne et 27 % en externe. Par exemple, l’acétate de cellulose, résidu de production, a été transformé en montures de lunettes. Les seaux plastiques usagés sont réutilisés dans le cadre d’un partenariat avec MéGO !, entreprise bretonne spécialisée dans la collecte et le recyclage de mégots.

Lessonia s’appuie aussi sur des acteurs du territoire pour structurer ses actions. Le G4DEC facilite les synergies locales autour de la valorisation des déchets. Costraten a accompagné l’entreprise sur sa stratégie environnementale et son bilan carbone. Bpifrance en a soutenu financièrement la réalisation, ainsi que l’inscription dans une trajectoire bas carbone.
Enfin, sur le volet énergie, Lessonia recourt exclusivement à une électricité renouvelable et a engagé des actions d’amélioration de l’efficacité de ses équipements, complétées par une politique zéro papier.
L’engagement social et l’implication des équipes
Chez Lessonia, la RSE se traduit aussi très concrètement dans le quotidien des collaborateurs.
L’entreprise a mis en place une charte de télétravail, un accord d’entreprise sur le temps de travail, la rénovation des espaces, une cafétéria, un espace d’allaitement et une mutuelle locale avantageuse. En 2024, plus de 1 400 heures de formation ont été réalisées, avec 85 % des salariés formés à la RSE et 100 % formés aux Bonnes Pratiques de Fabrication.
L’index d’égalité femmes-hommes atteint 99/100. Lessonia travaille avec des structures comme Cap Emploi, le PLIE, Adapt’Ouest et Sevel Services pour favoriser l’insertion professionnelle. L’entreprise accueille régulièrement des stagiaires, des alternants et des groupes scolaires, et soutient des initiatives locales comme l’association étudiante brestoise Coup de Pouce ou le Landerneau Bretagne Basket.
Surtout, la dynamique RSE est aujourd’hui portée par les équipes. Ce sont les collaborateurs et collaboratrices qui proposent des actions autour du tri, du compost ou de dispositifs solidaires. La démarche n’est plus descendante, mais totalement appropriée en interne.
« Comme dans beaucoup d’entreprises, le principal frein n’est pas forcément l’opposition, mais le besoin de structuration, de pédagogie et de priorisation. Chez Lessonia, l’économie circulaire faisait déjà partie de l’histoire de l’entreprise ; l’enjeu a surtout été de formaliser, mesurer et coordonner les actions. »
Marion Lagadec, directrice Marketing et Communication
Résultats et impact de la démarche
Les résultats de la démarche de Lessonia sont quantifiés et significatifs.
Le premier bilan carbone complet, réalisé en 2023, a servi de point de départ. Depuis, l’entreprise a réduit de 21 % ses émissions de gaz à effet de serre sur les scopes 1 (émissions directes) et 2 (émissions indirectes). Un résultat d’autant plus remarquable que l’objectif initial était de -11 % à l’horizon 2028 : il a été dépassé dès 2024. Dans le même temps, la consommation d’électricité a baissé de 23 % et celle de gaz de 6 %.
Côté produits, les innovations d’éco-conception portent leurs fruits. Le sachet recyclable de masques imprégnés a permis, en 2024, d’économiser plus de 4,5 tonnes de plastique, 50,4 tonnes de CO2, 787 500 m³ d’eau et 12,6 tonnes de bauxite. Les doypacks permettent, quant à eux, une réduction de 77,5 % de plastique par rapport à un packaging conventionnel.
La démarche a été reconnue à deux reprises en moins d’un an :
- Trophée Crisalide Industrie, dans la catégorie « Réduire l’impact de son activité sur l’environnement », en octobre 2024
- Trophée Climat dans le cadre du programme Bpifrance Excellence, en juillet 2025.
« La RSE nourrit clairement notre différenciation, notre capacité d’innovation et notre positionnement sur un marché en attente de solutions plus durables. Cela renforce incontestablement notre image de marque, notre crédibilité et notre attractivité auprès des clients, partenaires et talents. »
Marion Lagadec, directrice Marketing et Communication
Perspectives et engagements à long terme
Lessonia s’inscrit dans une trajectoire de progression continue, avec des objectifs précis.
Elle vise au moins 80 % de produits éco-conçus d’ici 2028, souhaite renforcer encore la part de co-produits dans son sourcing, continuer à réduire les déchets à la source, développer de nouvelles filières locales de valorisation, généraliser les formats sobres comme les produits anhydres ou les packagings recyclables, et poursuivre sa démarche de réduction de l’empreinte carbone.

L’enjeu est aussi de consolider les synergies locales autour de l’économie circulaire, en travaillant toujours plus étroitement avec les acteurs du territoire : entreprises, collectivités, organismes d’accompagnement.
La RSE, chez Lessonia, est intégrée à la stratégie globale et structure les priorités d’investissement. Chaque année, l’entreprise investit entre 2 et 3 millions d’euros dans ses outils, avec une part croissante consacrée à des équipements à faible impact environnemental.
S’engager concrètement : les conseils de Lessonia aux entreprises
Pour les entreprises qui souhaitent s’engager dans l’économie circulaire, Marion Lagadec partage un message :
« Il faut d’abord partir de l’existant : beaucoup d’entreprises font déjà des choses sans forcément les nommer ni les mesurer. Il faut ensuite structurer la démarche, identifier ses flux, ses déchets, ses achats, ses consommations, et chercher où se trouvent les leviers les plus pertinents. Il ne faut pas voir l’économie circulaire comme une contrainte, mais comme un moteur d’innovation, d’efficacité et de différenciation. Enfin, il est essentiel d’embarquer les équipes et de travailler avec l’écosystème local. »
Marion Lagadec, directrice Marketing et Communication

Sur les freins, elle souligne le manque de temps, de structuration, de données, parfois le coût initial de certaines transformations ou la difficulté à faire évoluer les habitudes. Dans le secteur cosmétique, il faut aussi composer avec des exigences fortes en qualité, sécurité et réglementation.
« L’économie circulaire représente à la fois un levier d’innovation, un facteur de différenciation, un outil de maîtrise des ressources et un marqueur de crédibilité sur le marché. Dans notre cas, elle fait partie intégrante de notre identité industrielle et nous permet de proposer à nos clients des solutions qui répondent à la fois à leurs attentes techniques, environnementales et marketing. C’est donc un vrai avantage compétitif, à condition qu’il soit réel, mesuré et intégré au cœur du modèle. »
Marion Lagadec, directrice Marketing et Communication
L’expérience de Lessonia montre qu’un modèle industriel fondé sur la revalorisation, l’éco-conception et l’ancrage territorial peut atteindre un niveau de performance et de reconnaissance élevé. Pour les professionnels du Finistère qui souhaitent s’engager dans cette voie, des accompagnements existent.