Du gisement local à l’atelier : comment Roold remanufacture des vélos dans le Finistère
Dans le Finistère, Roold développe un modèle fondé sur le réemploi. Son activité : refabriquer des vélos, musculaires et électriques, à partir de cadres issus de la collecte locale. Structurée en SAS avec agrément ESUS, l’entreprise s’inscrit pleinement dans l’économie sociale et solidaire, avec l’ambition de repenser la filière du cycle grâce aux ressources disponibles sur le territoire.

Roold : fiche d’identité de l’entreprise
Roold est une entreprise basée à Saint-Thégonnec-Loc-Eguiner, qui fabrique des vélos bretons à partir de cadres issus du réemploi, selon une logique de refabrication (ou remanufacture). Son objectif : remettre en circulation des vélos refaits à neuf et modernisés afin de proposer un vélo équivalent au neuf.

Roold s’appuie sur un héritage local : la marque est créée en Bretagne au début du siècle dernier, autour de la famille Le Mao et de l’entreprise Le Mao Frères, avec l’écureuil comme symbole. Dans les années 1930, elle gagne en notoriété grâce à la compétition et au cyclotourisme, au point d’être considérée comme une référence régionale, avant de disparaître dans les années 1980, à l’instar d’autres marques françaises, dans un contexte de mondialisation.
En 2024, Roold renaît grâce à Ronan Prud’homme, entrepreneur passé par la construction bois, Vincent Crenn, ancien professeur de SVT formé à la mécanique cycle, et Thomas Mest, issu du développement commercial dans l’industrie du vélo. Leur ambition : réinscrire Roold dans le paysage cycliste régional, avec un modèle de production centré sur le réemploi, et des vélos au design vintage modernisé et à l’esthétique soignée.
L’enjeu : d’un constat de gâchis à la structuration d’une filière
Chaque année, des millions de vélos sont vendus en France, le plus souvent importés. En parallèle, on estime à environ 45 millions le nombre de vélos inutilisés sur le territoire qui dorment dans les caves et finissent en déchetterie.
Roold est née de la volonté de limiter l’empreinte environnementale du secteur en s’appuyant sur l’existant.

En 2023, l’entreprise intègre l’incubateur TAG 29, rattaché au Pôle ESS du Pays de Morlaix. Durant cette phase, le projet prend une forme associative, avant de devenir en juin 2024 une SAS dotée de l’agrément ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale). Ce statut permet notamment à Roold d’accéder à la ressource en déchetterie.
Les actions concrètes : structurer une filière de réemploi opérationnelle
Pour transformer un gisement de vélos hors d’usage en une offre cohérente et reproductible, Roold a dû organiser l’ensemble de sa chaîne de valeur : de l’accès à la ressource au positionnement commercial, l’enjeu n’est pas seulement technique.
Un maillage territorial pour organiser la collecte
Pour la collecte de vélos, Roold s’appuie sur plusieurs leviers :-
- l’éco-organisme Ecologic ;
- les opérateurs de déchetteries, qui effectuent un premier tri ;
- un réseau de ressourceries locales (à Morlaix, Saint-Thégonnec, Le Tréhou, Lesneven, Brest, Fouesnant, Clohars-Carnoët, Lorient) ;
- des magasins de cycles partenaires, susceptibles de devenir points de collecte.
L’entreprise invite également les particuliers à déposer leurs vélos directement devant l’atelier.

Cette organisation permet de récupérer des cadres en acier, principalement issus des années 60 à 80, qui constituent le cœur du modèle. Le choix de l’acier n’est pas anodin : c’est un matériau durable, recyclable et compatible avec une remise à niveau technique.
De la collecte à la remanufacture : un processus industrialisé
Chez Roold, on parle de « refabrication » ou de « remanufacture ». La distinction avec le reconditionnement est importante : le vélo est intégralement démonté, inspecté et transformé pour revenir à un état fonctionnel modernisé.

Le processus s’effectue en plusieurs étapes :
- Tri et sélection : seuls les cadres en acier sont conservés.
- Démontage complet du vélo. Les pièces exploitables sont vendues à prix libre ou données à des associations.
- Travail sur le cadre : modifications esthétiques, filetages.
- Sablage et thermolaquage par un sous-traitant local.
- Remontage avec des composants neufs conçus pour durer et être réparés.
En moyenne, quatre heures sont nécessaires pour mener un vélo de la récupération à la remise en circulation.
Les choix techniques sont, eux aussi, cohérents avec le modèle. Par exemple, les freins modernes sur jante, réparables, sont privilégiés aux freins à disques, dont l’adaptation sur les cadres d’origine serait, en outre, trop coûteuse. Les moteurs des vélos électriques sont également choisis dans une optique de réparabilité maximale.
Une alternative au vélo neuf
Roold revendique une position intermédiaire sur le marché : proposer une alternative entre le vélo neuf et le vélo d’occasion.

La gamme comprend notamment :
- le Roold Single, modèle urbain minimaliste ;
- le Roold 50, composé à 50 % de matériaux réemployés ;
- le E-Roold, version à assistance électrique.
- Le Mini-U, mini porteur urbain, en versions musculaires et électriques
- Le DBL – Da Bep Lec’h, vélos de voyage et de Bikepacking
- Le Allroad, vélos de routes toutes conditions
- Le Cargo, vélo utilitaire professionnel au format tricycle

Aujourd’hui, la marque est distribuée en ligne et dans 9 points de vente, situés majoritairement en Bretagne, et amorce actuellement, son déploiement au niveau national.
Les impacts mesurables de la démarche
À ce jour, Roold a récupéré 10 tonnes de vélos et remis une centaine de vélos en circulation. La production annuelle se situe autour d’une centaine d’unités actuellement.
L’entrée du groupe Rebirth (Peugeot, Cycles Gitane, Matra, Solex…) au capital de Roold en juin 2025 constitue une nouvelle étape. Les objectifs annoncés sont de passer à 500 unités en 2026, puis entre 700 et 1 000 en 2027. Le déploiement national dans les grandes villes de France (Lille, Bordeaux, Lyon) est en cours.

Une vision à long terme ancrée dans le territoire
En s’appuyant sur une ressource locale abondante, Roold cherche à réduire sa dépendance aux flux internationaux.
Le modèle repose sur un écosystème local : thermolaqueur, fabricants français de roues, jantes et rayonnage, pneus Michelin ou Hutchinson… afin de maximiser la valeur créée sur le territoire et à générer de l’emploi non délocalisable.
La structuration d’une filière ESS constitue le socle du projet. L’ambition n’est pas seulement de remettre des vélos sur la route, mais de contribuer à faire évoluer la filière du cycle vers davantage de circularité.
Une initiative inspirante pour les entreprises
L’expérience de Roold témoigne qu’il est possible de construire une activité à partir d’un gisement local de déchets, à condition de structurer la chaîne de valeur : accès réglementaire à la ressource, maillage territorial, choix techniques cohérents et montée en compétence progressive.

Pour les acteurs du territoire, cette démarche montre qu’une filière de réemploi, fondée sur la remanufacture et ancrée localement, peut atteindre un niveau industriel, économiquement viable.
