Grain de Sail : fiche d’identité
Grain de Sail est né à Morlaix en 2012 de l’idée de deux entrepreneurs en énergies renouvelables, Olivier et Jacques Barreau. L’entreprise combine aujourd’hui 4 activités :
- torréfaction de café bio
- fabrication de chocolat bio
- armement maritime
- commission de transport.
Elle organise le transport pour le compte de tiers en chargeant ses voiliers de marchandises pour des clients extérieurs. Le siège et la torréfaction sont installés à Morlaix. La chocolaterie, ouverte à l’automne 2021, intègre un atelier de production et une galerie de visite de 250 m² ouverte au public. Le hub logistique de la flotte se trouve à Saint-Malo, le port de Morlaix étant trop petit pour les voiliers les plus grands. Une nouvelle unité agroalimentaire est prévue pour fin 2027 à Dunkerque, sur une friche industrielle.

L’entreprise emploie 95 personnes, produit plus de 300 tonnes de chocolat par an et distribue ses produits dans 1 300 points de vente. Sa croissance annuelle atteint 20 %.
Le voilier cargo, l’idée fondatrice du modèle
Le transport maritime international représente près de 3 % des émissions mondiales de CO₂ et reste largement dépendant des énergies fossiles. Pour le café et le cacao, qui poussent dans des régions tropicales, c’est un poste qui pèse lourd dans le bilan environnemental d’une filière agroalimentaire.
Quand Olivier et Jacques Barreau imaginent Grain de Sail au début des années 2010, leur projet de départ est de relancer le transport commercial transatlantique à la voile. Il fallait réfléchir à des voiliers cargos modernes et performants pour décarboner au maximum. L’offre adéquate n’existait pas encore, ils l’ont donc créé sur-mesure. La torréfaction de café démarre en 2013, la chocolaterie en 2016, puis un premier voilier cargo, Grain de Sail I, prend la mer en novembre 2020.

Un modèle inversé, mais qui en fait toute la cohérence : c’est bien le sourcing qui définit le besoin de transport. Le transport décarboné, quant à lui, astreint le calendrier et la géographie de l’approvisionnement.
Pour autant, Grain de Sail n’échappe pas aux défis connus par toute entreprise engagée dans l’économie circulaire :
- Des technologies de recyclage pas toujours suffisantes pour traiter des matériaux complexes ;
- Des matières recyclées qui peuvent souffrir d’une qualité pas toujours adaptée aux produits alimentaires ;
- Une rentabilité moindre ;
- Des coûts d’investissement élevés pour transformer les process ;
- Des normes et réglementations complexes.
« Les principaux freins dans l’industrie sont le coût des investissements, le manque de temps/ressources et la complexité réglementaire. »
Christine Garry, Responsable Qualité chez Grain de Sail
Un cacao bio en agroforesterie, transporté à la voile
Le cacao de Grain de Sail provient principalement du Pérou et de la République Dominicaine. Toutes les masses de cacao utilisées sont biologiques et issues majoritairement d’une culture en agroforesterie, qui associe des cacaoyers à d’autres essences pour préserver les sols et la biodiversité.

L’entreprise choisit d’acheter de la masse de cacao plutôt que des fèves brutes. Les fèves sont torréfiées et broyées sur place, dans les pays producteurs, avant l’envoi vers la Bretagne. C’est un choix qui permet de maintenir de la valeur ajoutée et des emplois dans les bassins de production.
Pour le café, l’approvisionnement est également bio. Depuis l’été 2024, le café vert destiné aux grandes et moyennes surfaces est importé du Pérou, du Mexique et du Honduras à la voile.
Grain de Sail engage des contrats pluriannuels avec les producteurs, avec une rémunération qui prend en compte le coût de la vie locale. Pour chaque tablette vendue, 10 centimes sont reversés aux agriculteurs et organismes partenaires, dans le cadre de la démarche de commerce équitable de l’entreprise.
Une flotte de voiliers cargos qui s’étend
Grain de Sail I, mis en service en novembre 2020, est un voilier cargo de 24 mètres en coque en aluminium, construit près de Nantes. Ce premier navire a permis d’éprouver le modèle, en réalisant 2 boucles transatlantiques par an entre la Bretagne, New York et la République Dominicaine.
Grain de Sail II, basé à Saint Malo, est opérationnel depuis début 2024. Changement d’échelle, long de 52 mètres, il transporte jusqu’à 350 tonnes de marchandises ou 238 palettes.

En 2025, l’entreprise transporte la moitié de ses matières premières (cacao, café) à la voile. L’objectif affiché est d’atteindre 100 % dans les années à venir.
Pour cela, un troisième navire, Grain de Sail III, entrera en construction fin 2026, pour une livraison entre 2027 et 2028.
Le coût de ce mode de transport reste élevé : il est aujourd’hui de 5 à 10 fois supérieur à celui du transport maritime classique. Grain de Sail compense partiellement cet écart en chargeant ses voiliers à l’aller comme au retour. À l’export, des produits à forte valeur ajoutée (textile, maroquinerie, alimentaire sec, produits industriels, cosmétique, parapharmacie, vins et spiritueux, etc.) sont acheminés vers les États-Unis. Puis, du matériel humanitaire collecté à New York par la fondation AFYA est redistribué en République Dominicaine par l’association MOSCTHA ou dans les Antilles pour l’association Arche. L’augmentation de la taille des navires permet, par ailleurs, de diminuer le coût rapporté à la palette.
Une production locale optimisée énergétiquement
À Morlaix, la chocolaterie ouverte en 2021 a été conçue pour limiter sa consommation d’énergie. Plus de 230 kW de panneaux solaires couvrent les toits du bâtiment, et un compteur visible dans la galerie ouverte au public affiche les consommations et les énergies récupérées.

L’entreprise a réalisé un bilan carbone via le Diag Décarbon’Action, dispositif Bpifrance et ADEME. Ce diagnostic couvre les scopes 1, 2 et 3 (émissions directes, indirectes liées à l’énergie, et indirectes amont et aval) et débouche sur un plan de décarbonation. Il est mis à jour en interne chaque année.

La consommation d’eau est suivie mensuellement ainsi que la consommation énergétique.
La création d’une seconde unité de production à Dunkerque permettra ainsi de rapprocher la production des consommateurs de la moitié nord de la France.
Des emballages écoconçus et des déchets valorisés
L’écoconception des emballages a fait l’objet d’un travail de fond. Les sachets de café sont désormais monomatériau polyéthylène. Selon l’étude TREE de Citeo, leur score de recyclabilité se situe entre 95 et 100 %, avec une filière de tri dédiée. La nouvelle génération de sachets utilise moins de matière, est plus souple et reste compatible avec les contraintes de conservation et de mise en rayon.

En boutique, Grain de Sail expérimente les sachets zippés réutilisables. Pour la grande distribution, le calendrier de l’Avent rechargeable est destiné à être conservé par le consommateur qui renouvelle uniquement les recharges chaque année.

Sur le process, les déchets sont considérés comme des ressources. Le tri par flux, la pesée et la traçabilité sont systématisés dans les ateliers. La glassine (support des étiquettes) est collectée puis broyée pour être utilisée en isolant. Les intercalaires en carton sont réutilisés localement, notamment dans des ateliers artistiques pour enfants. Les déchets organiques de chocolat partent en méthanisation et alimentent une filière de production d’énergie. Les sacs de jute, les sacs plastiques et le café déclassé suivent, quant à eux, leurs propres filières de valorisation.
Christine Garry souligne le bénéfice de ces démarches : « La RSE devient un véritable avantage compétitif : elle renforce l’attractivité RH, améliore la performance opérationnelle, ouvre l’accès à de nouveaux marchés et permet d’anticiper les exigences clients et réglementaires. »
Une démarche sociale ancrée dans l’écosystème local
Le partenariat avec l’ESAT Les Genêts d’Or de Morlaix est l’une des marques sociales fortes de Grain de Sail. 14 ouvriers en situation de handicap interviennent au quotidien dans les ateliers de chocolat, et les travailleurs et travailleuses de l’ESAT sont même devenus parrains et marraines du voilier Grain de Sail I, baptisé à Lorient en octobre 2020.
Une formation interne à la sensibilisation au handicap a été déployée auprès de l’ensemble des équipes. Pour la nouvelle unité de Dunkerque, un partenariat similaire est envisagé localement. Cette démarche fait écho à celle des Ateliers Fouesnantais.
L’entreprise a créé Grain de Sail Participation, une structure qui permet aux salariés de devenir actionnaires. Plus de la moitié de l’effectif a fait ce choix.
Côté recrutement, plusieurs dispositifs ont été mis en place : procédure d’intégration des nouveaux collaborateurs, charte de télétravail, étude ergonomique sur la logistique, audits de postes en sécurité.

L’ancrage territorial passe également par des partenariats avec d’autres entreprises bretonnes engagées. Le coffret « Les Copains à bord », conçu en 2023, réunit Grain de Sail, À l’Aise Breizh (Garlan), la Brasserie Lancelot et Carabreizh autour d’une mise en valeur commune de produits bretons.
Depuis janvier 2023, Grain de Sail soutient le fonds de dotation Océanopolis Acts, créé à Brest sous la présidence du médecin-explorateur Jean-Louis Étienne. Cette convention de mécénat en produit-partage prévoit le reversement de 10 centimes au fonds pour chaque tablette spécifique vendue. Lors de l’opération de renouvellement en 2025, 80 000 tablettes ont été vendues en 4 mois. Les fonds collectés contribuent notamment au financement de « La Roulotte de l’Océan », un dispositif itinérant de sensibilisation à l’environnement marin pour les publics éloignés de la mer.

Une démarche reconnue et structurée
Grain de Sail a obtenu en octobre 2025 la certification B Corp avec un score global de 85,1 points sur 200 (le seuil minimum étant de 80).
Cette certification s’ajoute à la labellisation PME+, confirmée en 2025 avec 90 % des points sur les 7 items de la norme ISO 26000, et à la certification ISO 9001 obtenue au printemps 2023 pour la chocolaterie.

La tablette de chocolat noir 70 % en partenariat avec Océanopolis Acts a par ailleurs reçu le Trophée LSA de l’offre responsable en 2024.
Enfin, un comité de pilotage RSE est en place pour formaliser une feuille de route plus complète et intégrer les attentes des parties prenantes.

Perspectives
La levée de fonds bouclée en novembre 2025 auprès d’un collectif d’investisseurs (GO Capital, Bpifrance, Mer Invest, Crédit Mutuel Equity, Helix, Hauts-de-France Littoral Invest) finance simultanément 2 projets : le lancement de Grain de Sail III et la construction de la nouvelle unité agroalimentaire à Dunkerque pour fin 2027. Les fondateurs et les salariés restent majoritaires au capital après l’opération.
Au-delà des chantiers en cours, l’objectif de fond demeure de basculer la grande majorité du transport des matières premières vers des modes décarbonés.
Le doublement annoncé des capacités de production accompagnera la couverture commerciale d’une zone plus large que le Grand Ouest, tout en maintenant le rayon de distribution sous les 500 km autour de chaque unité.

Le conseil de Christine Garry aux entreprises qui veulent se lancer
Pour les dirigeants qui envisagent d’engager une démarche RSE structurée, Christine Garry recommande de partir du concret et d’avancer par étapes :
« La RSE doit partir des enjeux concrets de l’entreprise et être alignée avec sa stratégie. Il est conseillé de commencer par quelques actions simples mais visibles, puis de structurer progressivement une feuille de route avec des indicateurs. L’implication des équipes est essentielle pour ancrer la démarche. »

Née d’une intuition substantielle (décarboner le transport avant de produire), la trajectoire de Grain de Sail s’est progressivement structurée avec les outils standards de la RSE. Les leviers déployés (sourcing maîtrisé, transport décarboné, optimisation énergétique des sites, écoconception des emballages, valorisation des déchets, partenariats inclusifs, gouvernance partagée) sont, quant à eux, mobilisables à des échelles très différentes, comme l’illustrent les autres études de cas publiées sur Vechall comme Cycles Roold ou Lessonia.