Un enseigniste breton, seul aux commandes
Yann Normand est le dirigeant de Pécab!. Diplômé d’infographie en enseigne et signalétique, il a forgé son expérience pendant 10 ans entre Brest, Concarneau et Nantes. En 2021, il crée sa propre structure pour appliquer une vision différente de la communication visuelle.
Pécab! articule son activité sur l’ensemble du territoire breton, autour de deux volets complémentaires : un studio graphique, pour la création d’identité visuelle, de branding et de logos, et un atelier de fabrication d’enseignes et de signalétiques. L’entreprise a évolué en plusieurs étapes, à mesure que l’activité s’est structurée. À ce jour, Yann Normand en est l’unique exploitant.

Un secteur encore largement dépendant du plastique et de la pétrochimie
L’industrie de l’enseigne et de la signalétique reste l’une des plus en retard sur les questions environnementales. Selon Yann Normand, près de 95 % des entreprises du secteur s’appuient sur des composants issus de la pétrochimie, films adhésifs, laminations ou panneaux composites. La production de ces composants est polluante et le transport générateur d’une lourde empreinte carbone, ces matériaux provenant le plus souvent de pays lointains. Leur recyclabilité effective est quasiment nulle.
L’aluminium est souvent présenté comme une alternative vertueuse car recyclable. Mais seuls 35 % de l’aluminium utilisé dans l’industrie proviennent réellement du recyclage, les 65 % restants étant de l’aluminium neuf extrait de mines de bauxite, notamment en Guinée ou au Brésil, avec les conséquences que cela suppose sur les écosystèmes et les conditions de travail sur place.
Autre tendance du secteur : la sous-traitance internationale, en particulier pour les lettrages lumineux, souvent délocalisée vers la Turquie, la Chine ou la Pologne.
Porté par la conviction qu’il était possible de faire autrement, Yann Normand a voulu prouver que communication visuelle, design et transition écologique pouvaient se conjuguer.

Pécab! : une fabrication pensée pour la recyclabilité totale
Des matériaux qui sortent des standards du secteur
Pécab! a pour ambition de proposer une communication visuelle entièrement recyclée, recyclable et bretonne.
Cela commence par l’approvisionnement : Yann Normand travaille quasi exclusivement avec des matières premières sourcées en Bretagne, le plus souvent à moins de 100 kilomètres de l’atelier. Et les matériaux sortent des standards du secteur :
- plastique recyclé breton transformé par l’Atelier Rehab à Concarneau
- panneaux fabriqués à partir de mégots de cigarettes collectés et recyclés par Mégo!/Éco Action Plus à Saint-Divy
- bois local issu de la Scierie de Landi et de Gwemon à Landivisiau
- rebuts de l’industrie du cidre ou encore algues.

Sur la fabrication elle-même, Pécab! bannit les impressions chimiques, les stickers plastiques non recyclables et la quasi-totalité des colles conventionnelles : les lettrages et décors sont conçus pour être entièrement démontables, réparables et recyclables en fin de vie.
Mais cette exigence a un coût. Si le marché permet aujourd’hui de trouver du plastique 100 % recyclé importé de Chine pour la moitié du prix des matériaux bretons, Yann Normand a fait un autre choix.
« Céder à cette facilité viderait notre proposition de tout son sens. Je privilégie donc systématiquement l’éthique et la cohérence territoriale au coût financier direct. »

Sur le terrain, sa démarche se traduit dans chacun de ses projets : la signalétique réalisée pour une pharmacie de Plouédern, par exemple, a permis de recycler 12 kg de déchets plastiques finistériens, celle du restaurant brestois Homard & Co 25 kg, celle de la Saucisserie des Rias à Riec-sur-Belon 6 kg.
Une gestion circulaire jusque dans l’atelier
L’écoconception ne s’arrête pas aux enseignes elles-mêmes. L’intégralité des chutes de production est recyclée en Bretagne, et Yann Normand a mis en place une consigne, pour l’instant symbolique, sur les enseignes en fin de vie, afin de sensibiliser ses clients et de garantir leur réintégration dans une boucle de recyclage.
L’atelier lui-même a été aménagé en low-tech, avec du mobilier et des équipements issus de la seconde main.

Cette logique circulaire repose sur un réseau de partenaires locaux que Yann Normand a construit au fil du temps : en plus de l’Atelier Rehab et de Mégo!/Éco Action Plus, il mène des échanges réguliers avec d’autres acteurs bretons de la collecte et de la valorisation comme Tribord, Adaozan ou Malakio.
Il est également engagé auprès du G4DEC, le Groupement de développement de l’économie circulaire, un réseau territorial qui fédère les acteurs locaux autour de ces enjeux.
Une tonne de déchets revalorisée, et une communication fondée sur la preuve
Depuis le lancement de l’atelier début 2023, plus d’une tonne de déchets plastiques et biosourcés a été sauvée et transformée en supports de communication pour les clients de Pécab!.
Plutôt que de s’engager dans des démarches de certification standardisées, de type normes ISO, qu’il juge peu adaptées à la réalité d’une entreprise individuelle, Yann Normand a fait le choix d’une communication de terrain, fondée sur des preuves concrètes et sur une transparence assumée sur l’origine des matériaux, y compris leur coût d’achat. Pecab! a par ailleurs été labellisée Éco-Défis par la Chambre de métiers et de l’artisanat.

Le dirigeant breton estime que les engagements RSE de Pécab! représentent aujourd’hui plus de 70 % de la notoriété de l’entreprise, les 30 % restants étant portés par la qualité esthétique du travail de design graphique.
« Les clients ne viennent pas chez nous par hasard : ils nous contactent spécifiquement pour notre démarche écologique disruptive et pour intégrer, en quelque sorte, le « club » des acteurs engagés du territoire. »
Certains de ses clients et partenaires ont d’ailleurs soutenu la campagne de financement participatif qui a permis de poser les bases de l’atelier avant même son ouverture officielle.
Vers des projets de plus grande envergure
Le modèle, construit à l’échelle d’un artisan, commence à convaincre des acteurs de taille plus importante. Le groupe Trecobat, à travers sa marque Amenatys, a ainsi fait appel à Pécab! à plusieurs reprises pour la signalétique de programmes immobiliers dans le Finistère. Une manière de montrer que l’enseigne écologique a sa place au-delà des commerces et restaurants qui constituent la clientèle historique de l’atelier.

Yann Normand souhaite accélérer sur ce type de collaborations pour maximiser l’impact de sa démarche sur le territoire. Il travaille aussi à diversifier son offre au-delà de l’enseigne et de la signalétique, avec de nouvelles gammes de produits écoconçus comme des présentoirs ou des chevalets de table, et poursuit sa recherche sur de nouveaux matériaux biosourcés ou recyclés. À plus long terme, il porte également un intérêt pour de futurs partenariats solidaires, notamment autour de l’emploi carcéral.
« Chercher des solutions concrètes et locales »
Aux entreprises qui souhaitent intégrer la RSE dans leur stratégie, Yann Normand conseille de chercher avant tout des solutions concrètes et locales plutôt que des options standardisées.
Selon lui, il faut être également capable de valoriser économiquement cette démarche pour qu’elle devienne un pilier pérenne de l’activité.

L’enseigne a l’avantage d’être visible en permanence sur la façade du commerce, ce qui en fait, selon lui, un support particulièrement efficace.
« L’enseigne écologique est un levier RSE immédiatement visible et valorisable pour mes clients. »
De l’atelier individuel à des programmes immobiliers de plusieurs dizaines de logements, l’expérience de Pécab! montre qu’une démarche d’écoconception exigeante peut se construire à toutes les échelles.
Vous souhaitez engager ou structurer une démarche de transition écologique ? Vechall vous accompagne gratuitement pour passer à l’action.
