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Marguerite & Cie, l’entreprise finistérienne qui change les règles

Elise Sanquer

Chargée de communication Vechall

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Depuis Lesconil, dans le Finistère Sud, Marguerite & Cie installe des distributeurs de protections périodiques bio dans les lycées, les entreprises et l'espace public, partout en France. L'entreprise a construit tout son modèle autour de la santé des femmes, de l'écoconception et de l'inclusion par le travail.

Portrait de Marguerite & Cie : au service de la santé menstruelle

Marguerite & Cie a été fondée en 2018 à Lesconil, dans le Finistère Sud, par Gaële Le Noane. L’entreprise bretonne conçoit et installe des distributeurs de protections périodiques bio en libre-service, avec 2 modèles :

  1. CLR, destiné aux collectivités et aux établissements scolaires ;
  2. Capsule, pensé pour les entreprises. 

Les deux délivrent exclusivement des tampons et des serviettes de la marque Natracare, seule marque de protections périodiques 100 % biodégradables et compostables du marché.

Avant de fonder Marguerite & Cie, Gaële Le Noane a exercé pendant 18 ans comme orthophoniste, spécialisée en neurologie et en cancérologie. Un virage professionnel qui trouve son origine dans une découverte qui l’a mise en colère.

Le tabou des règles, un angle mort de la réglementation et de la santé publique

En 2017, Gaële Le Noane tombe par hasard sur des études de la DGCCRF sur la composition des tampons et des serviettes. Elle y découvre la présence de plastique, de polyester et de polyéthylène dans les protections qu’elle utilise depuis son adolescence.

« Je me suis sentie trahie, et je me suis dit qu’il me fallait trouver une marque qui faisait les choses bien ».

Sa recherche la mène vers un constat plus large : les tampons et les serviettes ne sont soumis à aucune réglementation spécifique en Europe. Leur fabrication est encadrée par les mêmes normes que celles du papier, décidées par un syndicat professionnel où les femmes sont très minoritaires parmi les décisionnaires. Gaële Le Noane pointe aussi un décret contesté, mais largement appuyé par les grandes marques du secteur au moment de son adoption qui autorise à ne pas déclarer certains ingrédients non ajoutés intentionnellement, comme le glyphosate présent dans le coton non biologique. 

« Ce n’est pas plus contrôlé que le papier de l’imprimante ou l’essuie-tout ».

C’est ce constat et cette révolte qui façonnent toute la mission de Marguerite & Cie. L’enjeu est, certes, de rendre les protections périodiques gratuites, mais également de garantir à toutes les utilisatrices un accès à des produits sains. 

Cette exigence de santé se double d’un engagement social direct : Marguerite & Cie est mécène de l’association ADSF, Agir pour la Santé des Femmes, qui accompagne notamment des femmes en situation de grande précarité à Paris.

Une écoconception construite pas à pas, du terrain jusqu’aux grands groupes

Un objet repensé au fil des retours d’usage

Les premiers distributeurs de Marguerite & Cie sont fabriqués artisanalement dans une tôlerie de Quimper. La conception qui montre vite ses limites : les infirmières scolaires peinent parfois à ouvrir et recharger le boîtier, et son esthétique ne convainc pas tout le monde.

En 2021, le directeur des ressources humaines de Louis Vuitton, séduit par le concept après avoir sollicité une rencontre avec Gaële Le Noane, se montre sans détour sur le design du premier modèle. L’échange pousse l’entreprise à retravailler entièrement l’objet avec des designers professionnels et repenser le système d’ouverture du boîtier, jusqu’à donner naissance à la capsule actuelle.

Une logique de réparation plutôt que de remplacement

Les distributeurs, toujours fabriqués en Bretagne aujourd’hui, sont conçus pour durer. Lorsqu’un appareil est endommagé, il est renvoyé à l’atelier, remis en état ou orienté vers une filière de recyclage spécialisée. Marguerite & Cie est aussi la seule structure au monde autorisée par Natracare à recevoir ses protections en vrac pour les reconditionner elle-même dans ses distributeurs, un choix qui limite les emballages individuels.

Une chaîne de conditionnement portée par l’inclusion

Le remplissage des recharges et l’expédition des commandes sont assurés par des personnes en situation de handicap, via l’ESAT de l’Odet, à Quimper, et le réseau APF Entreprises, qui réunit plusieurs établissements et entreprises adaptées en Bretagne et en région parisienne.

Des résultats mesurés à l’échelle de tout un territoire

En 8 ans d’activité, Marguerite & Cie a distribué 45 millions de tampons et de serviettes bio, au bénéfice d’environ 2 millions de personnes. L’entreprise évite ainsi la mise en circulation d’environ 7 tonnes de pesticides liés à la culture du coton conventionnel, l’une des plus consommatrices de glyphosate au monde. Ses tout premiers distributeurs, fabriqués à la main à Quimper, représentaient 700 unités. Depuis 2019, le parc installé aujourd’hui compte 11 000 distributeurs, en collectivités, en établissements scolaires et en entreprises.

En Bretagne, la Région a équipé automatiquement tous ses lycées en 2022, une première nationale. Marguerite & Cie a également été introduite à l’Assemblée nationale, à la délégation aux droits des femmes, et citée dans le premier rapport français sur la précarité menstruelle, remis par Marlène Schiappa. L’entreprise est aujourd’hui titulaire de l’agrément ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale), qui reconnaît son utilité sociale, et son système de recharge breveté a reçu la médaille d’argent au Concours Lépine International de Paris, en 2021.

Cette rigueur sur la qualité est la même qui a guidé la position de Gaële Le Noane lors de l’adoption du décret sur la déclaration des ingrédients non intentionnels.

« Il est hors de question que Marguerite & Cie cautionne ce décret-là ».

Poursuivre le déploiement, sans jamais transiger sur la santé

Marguerite & Cie continue d’étendre son réseau de distributeurs dans les établissements scolaires, les collectivités et les entreprises, en France et à l’étranger. L’entreprise garde le même cap depuis sa création : ne jamais opposer gratuité et qualité, et faire du sujet des règles un sujet comme un autre, discuté ouvertement dans les écoles, les lieux de travail et les espaces publics.

Changer les règles, une conviction qui se construit dans la durée

« Notre mission, c’est de lutter contre les inégalités générées par le tabou des règles ».

L’expérience de Marguerite & Cie montre qu’une entreprise peut conjuguer accessibilité, santé et inclusion sans sacrifier l’une à l’autre, à condition de construire son modèle économique autour de cette conviction dès le départ.

Vous souhaitez engager ou structurer une démarche de transition écologique ? Vechall vous accompagne gratuitement pour passer à l’action.