Une conserverie familiale centenaire
En 1907, Jean Hénaff ouvre une conserverie de légumes à Pouldreuzic, pour offrir un débouché aux cultures du pays Bigouden. Le célèbre pâté Hénaff, lui, naît en 1915. Depuis la nouvelle gouvernance mise en place en 2021, Loïc Hénaff, l’arrière-petit-fils de Jean, est PDG de l’entreprise.

Jean Hénaff SAS appartient au Groupe Jean Hénaff, qui réunit aussi GlobeXplore, spécialiste des algues à Rosporden, et les boutiques Hénaff & Co. Le groupe compte 255 salariés et a réalisé 49,8 M€ de chiffre d’affaires en 2025.
Le site de Pouldreuzic concentre toute la production de la marque : terrines, rillettes, tartinables et saucisses. Il dispose de son propre abattoir, de ses puits et forages et d’un château d’eau.
L’entreprise détient le label Entreprise du Patrimoine Vivant, renouvelé en 2025, et l’agrément du ministère américain de l’Agriculture (USDA), qui l’autorise à exporter ses produits à base de viande aux États-Unis. Elle fournit la Marine nationale depuis 1920 et le CNES (Centre national d’études spatiales) depuis 2011.
Les enjeux d’une conserverie
Une conserverie consomme beaucoup d’eau chaude, pour la cuisson-stérilisation des boîtes et pour le nettoyage. Elle a aussi besoin d’énergie : à Pouldreuzic, faute de gaz de ville, le propane arrive par camion. Ses produits mobilisent de l’acier, du verre et du plastique, avec des contraintes sanitaires fortes sur les emballages.
L’essentiel de son empreinte se joue pourtant en amont. L’élevage émet des gaz à effet de serre par l’alimentation des animaux, leur digestion et la gestion des effluents. Lors du Bilan Carbone réalisé sur les données 2023, environ 95 % des émissions du groupe provenaient ainsi de sa chaîne de valeur, et non de ses propres sites.
Une démarche RSE construite par étapes
L’entreprise s’organise d’abord par processus, selon la norme ISO 9001. Elle signe le Pacte mondial des Nations unies en 2003 et réalise son premier Bilan Carbone en 2007.

En 2019, elle formalise sa démarche sous le nom Be good 2030. La même année, elle modifie l’article 3 de ses statuts : la société doit désormais être gérée en prenant en considération les enjeux sociaux et environnementaux de son activité. La démarche est labellisée RSE Bretagne 26000 en 2021. Elle compte 5 piliers, 14 engagements, 32 objectifs et 64 indicateurs, revus chaque année.
Plusieurs expérimentations ont été menées pour développer la circularité, avec des succès variables.
« L’entreprise ne fonctionne pas à proprement parler en circularité, mais beaucoup en territorialité. » Loïc Hénaff, PDG du Groupe Jean Hénaff
Des actions du territoire jusqu’aux flux du site
Acheter près de chez soi et partager l’effort
L’achat local est la priorité. Hénaff suit l’indice breton de l’achat local (IBAL), calculé sur l’ensemble des achats du groupe, services compris, selon la localisation du fournisseur. En 2025, 59 % des achats étaient bretons et 97 % français. Les boîtes métalliques sont fabriquées à Douarnenez, avec un acier produit près de Nantes.
Tous les éleveurs qui fournissent Hénaff, en conventionnel comme en bio, sont situés à moins de 150 km. C’est le cas de 100 % des porcs livrés en 2025.
Le transport des produits finis est mutualisé au sein du GIE des Chargeurs Pointe de Bretagne, créé en 2012 sous l’impulsion de Jean-Jacques Hénaff.
Face au poids de l’élevage dans son bilan carbone, Hénaff défend un principe de juste responsabilité : chaque acteur de la chaîne de valeur porte une part des impacts proportionnelle à son poids économique.
Créée en 2019, la communauté Progrès Porcs en est la traduction concrète : Hénaff y construit avec ses éleveurs des objectifs de progrès communs, dont la décarbonation des élevages.
La gamme évolue aussi. En 2025, les innovations végétales représentent 58,7 % des lancements, pour un objectif de 40 %, et la part du végétal dans les approvisionnements a augmenté de 37 %. Le Fève’camole, par exemple, reprend les codes du guacamole avec des fèves, pour limiter le recours à l’avocat importé. L’entreprise fait évoluer son offre sans en faire un argument commercial.

La circularité, là où elle est possible
Le site produit peu de déchets, et peu d’entre eux sont valorisables. Plusieurs pistes ont été étudiées sans aboutir : clients trop éloignés, prix de reprise trop bas ou investissement nécessaire.
La réussite la plus nette concerne la glassine, le papier support des étiquettes adhésives. Grand Ouest Étiquettes, l’imprimeur de Hénaff, a structuré avec plusieurs clients le programme GOE Glassine, qui permet de transformer la matière en ouate de cellulose pour l’isolation de combles. En 2025, 28 entreprises, dont Hénaff, ont revalorisé 48 tonnes de glassine, soit 242 % de plus qu’en 2024.
Les cartons usagés, quant à eux, sont broyés en frisures pour caler les colis de vente à distance, à la place du papier bulle.
Le plastique représente 50 tonnes par an. Environ 1/3 sert en interne, notamment en films de protection des produits lors des reprises de stock. Avec l’appui d’un cabinet de conseil, l’entreprise prépare pour 2027 un projet de réduction, par exemple avec des bacs réutilisables. Les présentoirs en carton utilisés en magasin, qui contiennent aussi du plastique, sont jetés après usage : des systèmes réutilisables sont à l’étude avec la grande distribution.
« Le premier sujet, c’est de ne pas utiliser. » Loïc Hénaff
Le verre, enfin, montre les limites de l’exercice. Les consommateurs achètent de plus en plus de produits en pot de verre, mais le réemploi bute sur 2 obstacles. Les résidus de viande ou de légumes se lavent mal, et les étiquettes tiennent avec des colles fortes, pour que les allergènes et l’estampille sanitaire restent lisibles jusqu’au bout. Il faudrait construire une filière et massifier les volumes, ce qui est difficile depuis le Finistère, loin des fonderies de verre. Hénaff participe néanmoins à une démarche engagée sur ce sujet par la grande distribution.

Eau et énergie : vers l’autonomie
L’eau du site provient des puits et forages de l’entreprise, stockée dans son château d’eau. Indispensable à la cuisson-stérilisation et au nettoyage, elle dépend directement de la ressource locale. En 2025, l’optimisation des cycles de lavage et le réglage des buses ont divisé par 2 la consommation de l’un des équipements les plus consommateurs, soit environ 2 000 m³ économisés sur l’année.
Une centrale solaire thermique de 490 m², mise en service en septembre 2026, permettra de couvrir 1/3 des besoins énergétiques du site, et économiser 280 000 kWh par an. Le projet, chiffré à 700 000 €, est financé à plus de 50 % par l’ADEME.
Enfin, un plan de décarbonation, établi en 2025, vise une baisse de 30 % des émissions d’ici 2040.

Faire entrer la RSE dans le système
Chaque année, les priorités RSE sont intégrées aux objectifs de l’entreprise, jusqu’aux objectifs mensuels des équipes et à la part variable des salariés. Une action validée est inscrite dans les processus, pour ne pas dépendre de la personne qui l’a portée. La méthode repose sur 2 principes : bien connaître ses flux (achats, production, rejets, qualité des déchets) et tout revoir par cycles de 2 à 3 ans.
Pour mesurer ses effets, Hénaff a fait réaliser une triple comptabilité par le cabinet Goodwill Management, en 2019 puis en 2025. La méthode traduit en euros les impacts économiques, sociaux et environnementaux de l’activité, pour suivre leur évolution dans le temps.
Des résultats suivis chaque année
Sur les 32 objectifs de Be good 2030, 11 sont atteints. Entre 2019 et 2025, la triple comptabilité montre une richesse créée sur le territoire en hausse et un bilan social redevenu positif. L’impact environnemental, en revanche, reste négatif et s’est accentué : l’entreprise poursuit ses efforts pour atteindre un impact nul en 2030.
Chiffres 2025 :
- Valorisation des déchets : 86 % pour un objectif de 95 %.
- Emballages : 99 % du poids des emballages relèvent d’une filière de recyclage mature.
- Énergies renouvelables : 15 % de la consommation, pour un objectif de 30 %.
- Eau : 79 155 m³ consommés par le groupe en 2025, en hausse de 2,07 %. Des compteurs plus précis doivent permettre d’analyser chaque secteur et de cibler les prochaines actions.

Perspectives et freins
En 2026, les priorités ont porté sur la consommation d’eau, la centrale solaire et la décarbonation des élevages partenaires. La réduction du plastique interne est prévue pour 2027.
Hénaff a aussi évalué sa position au regard des 9 limites planétaires, ces grands équilibres écologiques au-delà desquels les dérèglements risquent de devenir irréversibles. Elle a calculé, pour chacune, l’impact de son activité au regard d’un seuil qui lui est propre. Plusieurs sont dépassées, dont le changement climatique : l’impact de l’entreprise y atteint 4,7 fois son seuil. Avec d’autres entreprises bretonnes, elle travaille à préciser le principe de juste responsabilité et à fixer une date de retour dans ces limites.
Les freins restent nombreux. Depuis le Finistère, il est difficile de massifier des filières de recyclage. Pour certains déchets, les repreneurs sont trop éloignés, ou la filière de valorisation n’est pas encore viable.
Avancer par trajectoire
Plusieurs leviers de Hénaff sont transposables à d’autres PME agroalimentaires : connaître précisément ses flux, revoir ses choix tous les 2 à 3 ans, s’allier à d’autres entreprises pour mutualiser le transport ou la collecte, et inscrire les actions dans les objectifs de chacun. Pour son dirigeant, une condition s’ajoute : ces réussites doivent aussi être économiques et sociales, et durer.
« On ne les atteindra pas tous, mais ce n’est pas grave. L’essentiel, c’est la trajectoire de progrès. » Loïc Hénaff

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